« La colère, cette émotion mal-aimée » de Carolle et Serge Vidal-Graf

QUATRIEME DE COUVERTURE

« Apprenez à exprimer une colère bienfaisante. »

Vivre, c’est éprouver des émotions, notamment la colère.

Ce livre vous invitera à vous réconcilier avec la colère, laquelle permet d’exprimer ses peurs, d’écouter celle des autres et d’être ainsi capable de garder vivantes les relations.

Le colérique apprendra à gérer ses bouffées d’émotions, à ne pas exploser de manière incontrôlée.

En revanche, le non-colérique travaillera à ne pas nier sa colère, à ne pas se suradapter à son environnement et à oser faire l’expérience des conflits ouverts raisonnés.

Optez pour l’expression d’une colère bienfaisante et salutaire!

PRÉFACE

Des quatre émotions fondamentales qui se manifestent chez l’être humain, la colère est celle qui est la moins bien acceptée. On peu admettre que quelqu’un éprouve de la tristesse, manifeste de la peur ou partage sa joie, par contre, la colère n’est pas la bienvenue: « Tu n’as qu’à te contrôler », « La colère est un péché », « Où se croit-il celui-là? ». Les remarques désobligeantes fusent lorsqu’une personne exprime sa colère.

Il y a des bonnes raisons à cela. Être témoin de l’expression de la colère, cela peut évoquer des terreurs de l’enfance face à un père colérique, qui frappait, cela peut aussi faire écho en soi et réveiller une émotion de colère non exprimée, cela peut engendrer la peur et l’impuissance.

Pourtant, la colère est une émotion comme les autres, elle est utile, elle peut représenter une force, une énergie intérieure. Tout dépend de la manière dont elle est utilisée. Comme un torrent de montagne, elle peut tout détruire à son passage ou, lorsqu’elle est contrôlée et canalisée, elle produit de l’électricité pour toute une vallée. La colère sert à communiquer et à préparer l’action.

Trop souvent, malheureusement, on confond colère et violence, alors que la colère bien exprimée n’est pas violente, elle est un ressenti, puis une expression de ce ressenti dont la personne prend la responsabilité. « Je suis en colère! » et non pas: « Tu m’as mis en colère » ou « Tu es un incapable! ».

La colère mal gérée est désignée comme source de violence, certains soulignent aussi qu’elle fait courir des risques de maladies cardio-vasculaires.

C’est dans la prise de conscience de la manière dont nous vivons les obstacles et les frustrations que réside le bon usage de la colère. Il s’agit d’apprendre à interpréter intelligemment les situations de la vie, puis d’apprendre à exprimer ce que l’on ressent en tenant compte du contexte.

La colère est une émotion

Il n’y a ni « bonnes  » ni « mauvaises » émotions

Nous vous invitons (…) à laisser tomber une distinction qui, à nos yeux, ne se justifie pas entre les « bonnes » et les « mauvaises » émotions et, en particulier – ce qui est plus difficile encore -, entre les colères justifiées et non justifiées.

Toute colère est émotionnellement justifiée. Si la colère est mal-aimée parce que c’est une émotion, il est juste de dire qu’elle est plus mal-aimée que les trois autres: tristesse, peur et joie.

Nous y voyons au moins trois raisons.

1.LA TRAGIQUE CONFUSION ENTRE COLERE ET VIOLENCE

Pour la majorité d’entre nous, il est tout simplement difficile d’imaginer ce que peut être une colère sans violence.

Être la première génération à vouloir exprimer nos colères sans violence va donc nous demander un effort considérable de créativité et de conscience.

2. CROIRE A TORT QUE COLERE ET AMOUR NE FONT PAS BON MENAGE

Nous sommes tout à fait d’accord pour affirmer haut et fort que la violence et l’amour sont incompatibles. Nous sommes par contre absolument persuadés que colère – sans violence – et amour font bon ménage.

Non seulement la colère ne nuit pas à la relation d’amour et d’amitié, mais tout au contraire, elle permet de garder cette relation « vivante », de la « nettoyer » de ce qui doit l’être pour pouvoir la poursuivre sans accumuler de ressentiment.

(…) plus nous serons capables d’exprimer nos propres colères et d’accueillir celles des autres, moins nous aurons besoin d’être violents.

3. LA COLERE EST UN DES SEPT PECHES CAPITAUX

Il se confirme donc que la réhabilitation de la colère prendra du temps…

La recherche du soi-disant coupable de la colère

Elise, jeune femme de vingt-deux ans, souffre depuis des mois d’une leucémie. Elle l’ignore. Lorsqu’elle pose des questions sur son état de santé, sa famille, animée de bonnes intentions protectrices, fait le choix de lui mentir. Mais l’état de santé d’Elise se dégrade, elle est hospitalisée et les réponses mensongère qui lui sont faites sont de plus en plus contredites par l’évolution de la maladie.

L’équipe soignante, en accord avec la famille, décidé que lorsqu’Elise posera à nouveau des questions, on lui « dévoilera progressivement la vérité ».

C’est l’aumônière de l’hôpital, interrogée longuement par la jeune patiente, qui lui fait part du mieux qu’elle peut de la gravité de son état.

Elise, prenant conscience qu’elle a été abusée, exprime une énorme colère qui fait trembler les murs de l’hôpital.

On aurait pu espérer que les autres membres de l’équipe apporteraient leur soutien à l’aumônière en lui disant, par exemple: « Comment cela s’est-il passé? Comment te sens-tu? » « J’avais peur qu’Elise me pose des questions et je suis soulagé qu’elle se soit adressée à toi plutôt qu’à moi. »

Au lieu de ce soutien, la plupart des membres de l’équipe l’ont sévèrement critiquée: « Tu as dû t’y prendre bien mal pour la mettre dans une telle colère! »

Cette situation, par ailleurs dramatique, est intéressante parce qu’elle illustre le mécanisme inconscient de recherche d’un coupable.

La colère, qu’est-ce que c’est?

La colère sert à recruter l’énergie de la personne, et la dispose ainsi à améliorer l’impact de ses actes sur le monde extérieur. Elle constitue un adjuvant important à l’efficacité dans la résolution des problèmes ou dans la satisfaction des besoins. Elle ne devrait en aucun cas servir de justification à l’abandon de sa responsabilité (Salmon Nasieslski dans « Du bon usage de la colère », 1998).

Colère et biologie

Une première chose importante que nous aimerions partager, c’est l’inégalité des êtres humains face à la biologie des émotions; il y a des gens physiologiquement plus émotionnels que d’autres.

Trois sortes de colère

La colère contre soi

Il vaut mieux se l’exprimer intérieurement sur le mode de la colère plutôt que de se ronger sur le mode de la culpabilité. (…) Plus nous acceptons que nous sommes imparfaits, plis il nous est facile d’accepter les imperfections des autres et du monde.

La colère contre les autres

Nous sommes ici dans une problématique d’affirmation de soi et de respect de son territoire. Nous pouvons apprendre à nous affirmer et à faire respecter notre territoire sans violence.

La colère contre le monde

C’est une colère qui émerge au moment où nous voulons que la réalité corresponde à nos désirs plutôt que nos désirs à la réalité!

Nous touchons là à la dimension spirituelle de l’évolution de chacun. Il nous paraît souhaitable de tendre vers un chemin d’acceptation globale de la réalité. Mais ça, c’est une autre histoire qui va bien au-delà de la reconnaissance de la colère et de son expression…

Les événements extérieurs qui provoquent la colère

L’invasion du territoire

Nous avons tous un territoire symbolique et réel. Le territoire symbolique est représenté par notre système de valeurs: ce que nous pensons être juste, acceptable, ce qui se fait et ce qui ne se fait pas.

Le territoire réel commence par notre corps, mais peut aussi s’étendre à nos proches, notre maison, notre voiture, nos « possessions ». Si nous avons l’impression que quelqu’un fait intrusion dans l’un ou l’autre de ces territoires, nous pouvons réagir par de la colère destinée à faire respecter nos limites.

La peur

(…) sous chaque émotion s’en cache une autre. La peur est très présente sous la colère.

Par exemple, une des raisons de notre colère sera souvent la peur de ne pas être reconnu, le sentiment de n’être ni respecté, ni apprécié à notre juste valeur, ni compris et entendu.

Une autre peur très souvent présente est la peur de l’abandon, le sentiment d’être laissé pour compte, d’être négligé, de n’être pas pris en considération.

La fatigue et le stress

(…) combien d’entre nous arrivent harassés le soir alors qu’il reste encore tant de choses à faire! Prenez le manque de sommeil, ajoutez-y le stress de la journée et vous aurez tous les ingrédients pour une colère (…)

Les colériques et les non-colériques

S’exprimer avec conscience

Après quelques années de travail sur le thème de la colère, nous sommes arrivés à la conclusion que dans tout groupe humain de nos sociétés post-industrielles, on retrouve d’une part ceux qui ont du mal à identifier leurs colères et à les exprimer et, d’autre part, les colériques qui expriment souvent leurs colères mais qui souffrent d’être « emportés » dans la violence, au moins verbale.

Ces deux modes de gestion de la colère sont insatisfaisants.

Nous vous proposons une voie médiane qui consiste à exprimer nos colères avec conviction, sans violence. Cela s’apprend.

Ceux qui l’expriment trop

Inégalités face aux émotions et souffrance du colérique

Ce qui a été vécu dans l’enfance et notre éducation influencent notre manière d’exprimer nos émotions, mais d’abord – et nous y revenons – nous ne naissons pas biologiquement égaux face aux émotions. Il y a des gans plus émotionnels que d’autres et les colériques font évidemment partie des hyperémotionnels. (…)

La deuxième chose importante que nous voudrions transmettre, c’est la souffrance des colériques. Ils souffrent de leur très grande sensibilité émotionnelle (même s’ils le disent peu) et ils souffrent également dans leur corps. (…)

Le colérique porte une grande souffrance: il aimerait bien ne plus se mettre en colère. C’est une illusion: les colériques peuvent apprendre à exprimer leurs colères sans violence, à utiliser davantage leur cerveau rationnel en harmonie avec leur cerveau émotionnel, mais la très grande majorité d’entre eux resteront toujours de grands sensibles, de par leur biologie.

La grande souffrance psychique du colérique c’est la honte. C’est la raison majeure pour laquelle il ne reviendra pas sur ses colères ou qu’il soutiendra, de bonne foi, ne plus se rappeler les paroles qu’il aura prononcées. Ce sera sa manière, peu responsable c’est vrai, de gérer sa honte.

Le colérique souffrira également d’un sentiment de culpabilité lorsqu’il aura été violent moralement ou physiquement. (…)

Il y a une autre souffrance encore dont on parle peu, c’est la souffrance physique que le colérique ressent et qu’il compare souvent à la sensation d’avoir du « poison » dans le corps. Pour s’en débarrasser, il n’apercevra pas d’autre possibilité que de crier, tempêter, gesticuler. Après cette décharge, il éprouvera un soulagement et c’est plus tard seulement qu’il réalisera qu’il a été trop loin, qu’il a blessé, cassé, violenté. Cette impression d’être empoisonné est peut-être due à l’adrénaline – par ailleurs utile – dont nous avons parlé plus haut.

ATTENTION: si le colérique physiquement violent ne dirige pas sa violence contre les autres, il la retournera souvent contre lui-même. Il n’est hélas pas rare que des colériques se blessent en donnant, par exemple, des coups de poings dans les murs, ce qui, à nos yeux, illustre le peu d’estime et d’amour qu’ils éprouvent pour eux-mêmes.

Ceux qui l’expriment trop

L’éducation, l’imitation

Souvent, un enfant de parent colérique aura été humilié verbalement ou, pire, battu physiquement. Il es gardera une très basse estime de lui-même. Dès qu’une situation ravivera cette blessure, l’enfant, même devenu adulte, recontactera la peur née dans son enfance, se sentira en danger et réagira par la colère. Des paroles dévalorisantes ou accusatrices seront assimilées à une intrusion symbolique dans son territoire de sécurité vitale et la réaction sera immédiate : il éprouvera le besoin de se défendre et la colère servira à le protéger.

L’émotion paravent

La colère, nous venons de le voir, cache une grande souffrance.

Elle cache souvent une grande tristesse. Tristesse de ne pas avoir été reconnu, entendu, compris. Tristesse de ne pas avoir été aimé. Par peur de sentir à nouveau cette tristesse, le colérique va utiliser la colère afin de se protéger de sa propre tristesse. Ainsi, presque à chaque fois qu’il va ressentir une émotion, qu’il va être touché, il aura un véritable réflexe : réagir par de la colère. C’est l’émotion qui lui est familière. Il semble y avoir une mémoire des cellules, un circuit neuronal bien tracé qui s’enclanche à chaque nouvelle sensation d’émotion et qui s’exprime par de la colère quelle que soit la « vraie » émotion présente.

Carole : « Par le passé, que j’aie été triste ou que j’aie eu peur, j’exprimais toujours de la colère. Parfois, j’aurais préféré pleurer, mais c’était la colère qui venait. C’était l’émotion que je connaissais. Comme un chemin dans une forêt qui, à force d’être parcouru, se marque de plus en plus et devient facile d’emprunter. Cela a été, pour moi, un travail difficile et important d’arriver petit à petit à exprimer de la tristesse ou de la peur, plutôt que d’exprimer systématiquement de la colère. Réaliser que j’avais peur de dire: « je suis triste » ou « j’ai peur » car cela me mettait dans une situation où je me sentais vulnérable, donc « en danger ». C’était un risque que je ne voulais pas courir. »

La peur

La peur est aussi présente chez les colériques. Parler fort, crier et gesticuler, cache souvent une peur: la peur de ne pas exister, d’être envahi, de ne pas être respecté.

Par ailleurs, si, dans l’enfance, le danger d’intrusion, d’incompréhension, d’humiliation a été présent, l’enfant pourra développer un tempérament colérique en guise de protection (surtout s’il a eu des modèles de proches colériques). (…)

Au plus intime de lui-même et le plus souvent inconsciemment, le colérique se vit comme une victime. Cela se remarque peu car il blâme l’autre de manière violente alors qu’une « vraie » victime aura un discours plaintif: « Je suis une pauvre chose, les autres sont méchants, pourquoi est-ce à moi que tout cela arrive, le monde ne me comprend pas, je suis tout seul, personne ne m’aime. »

Le colérique, dans le fond sinon dans la forme, dit la même chose. Il utilise la colère là où les victimes utilisent la plainte. Il dira: « Les autres sont des cons, ils m’en veulent, ils n’ont rien compris. J’ai raison et d’ailleurs je vais le prouver. »

Le registre émotionnel est différent, mais le blâme reste dirigé vers « les autres ».

A RETENIR!

Si un colérique décide de ne plus jamais se mettre en colère – ce qui n’est pas du tout ce que nous préconisons: il s’agit de continuer à se mettre en colère, mais sans violence – et qu’il y parvient, il pourra tomber dans l’insensibilité, la non-émotion, voire la dépression. Toutes ses forces seront utilisés pour contenir sa colère et il y a de fortes chances de devenir apathique.

Le deuil à faire pour le colérique

(…) lorsqu’une personne est en colère, c’est généralement qu’elle a eu peur et qu’elle s’est sentie blessée dans son amour-propre. Cette douleur psychique va entraîner un désir de vengeance. « Tu m’as blessée et je vais te blesser à mon tour. » « Œil pour œil, dent pour dent. » Avec l’espoir pour le colérique que la blessure de l’autre diminuera sa propre blessure, qu’il y aura réparation.

Carolle: « Lorsque j’ai voulu prendre la responsabilité de mes colères, ne plus blâmer l’autre, j’ai remarqué que, dans un premier temps, je perdais le bénéfice de la vengeance. Souvent, dans le passé, en colère et violente, je disais des choses affreuses, méchantes et… je les oubliais! Après quelques heures ou quelques jours, Serge me demandait: « Mais enfin, comment as-tu pu me dire de telles horreurs? » Ma réponse le déconcertait au plus haut point: « Moi, j’ai dit ça? Je ne m’en souviens plus. » « Mais enfin, si tu l’as dit, c’est que tu le pensais, non? », me demandait-il.

Nous avons beaucoup échangé là-dessus. Nous sommes arrivés à la conclusion que si, sur le moment, je « pensais » ce que je disais (bien que ce fut plutôt mon cerveau émotionnel qui était en activité à ce moment-là, mon objectif n’était pas d’argumenter rationnellement à propos de notre conflit, mais de blesser Serge. Je connaissais ses points vulnérables, je savais où et comment lui faire mal.

Faire le deuil de cette violence-là, je le répète, n’a pas été facile. J’ai pourtant appris que je disposais d’autres moyens que la vengeance pour guérir mes blessures d’amour-propre: par exemple, d’exprimer des regrets!

Ceux qui ne l’expriment pas ou très peu

Une conséquence désastreuse de cette répression systématique de la colère est, souvent, le développement d’un comportement coupant, ironique, cynique, hautain. (…)

Quelques-uns vont jusqu’à « surjouer » la sérénité pour se convaincre eux-mêmes et leurs interlocuteurs que décidément non, ils ne sont pas en colère. Par exemple, le sifflotement, la chansonnette à faire passer le message que « tout va très bien Madame La Marquise »…

La réalité est exactement inverse: émotionnellement, pour ceux qui nient la réalité de la colère en eux, « tout va très mal »!

L’émotion paravent

Lorsqu’une situation deviendra très émotionnelle et atteindra un niveau qui nécessitera une décharge, le non-colérique empruntera la voie de la tristesse, la voie de la colère étant interdite.

Rêver d’un être humain sans violence agie, certainement oui. Par contre, un être humain sans colère ne nous apparaît pas comme un progrès, puisque l’expression de la colère est à nos yeux, nous l’avons dit, une des meilleures modalités de prévention de la violence.

Les évitements de la colère

Premier évitement: Le déni

(…) la coupure de soi-même est tellement « réussie » que la sensation de colère n’est plus du tout perceptible. (…)

Deuxième évitement: La transformation

1. La culpabilité

(…) Plutôt que d’exprimer son désaccord « à l’autre », le non-colérique va se sentir coupable: « C’est de ma faute », « Je n’aurais pas dû… », « J’aurais dû… », etc…

La culpabilité, contrairement à la colère, ne fait l’objet d’aucun jugement social. (…)

Nous sommes convaincus, après avoir partagé ce sujet avec nombreux hommes et femmes, que la culpabilité, dans la plupart des cas, est le résultat d’une colère non exprimée.

2. L’hyperactivité

(…) Le plus souvent, l’hyperactif ne se laisse aucun moment de « vacances » qui risquerait de faire remonter en lui de la colère ou toute autre émotion enfouie. (…)

3. La somatisation

(…) Le corps se tend, se noue, se fatigue énormément à réprimer la colère. (…)

4. La victimisation

(…) Non seulement la colère n’est pas exprimée, mais elle se transforme en une énergie contraire: celle de la victime. (…)

La victime, tout comme le colérique violent, ne prend pas la responsabilité de ses états intérieurs et blâme l’autre ou les autres. (…)

5. La fuite

(…) Quitter l’espace où la colère risquerait d’exploser devient indispensable. (…)

(…) ce qui nous paraît inopportun, c’est, après avoir ravalé sa colère, de faire « comme si de rien n’était ». Ce n’est plus dela bonne gestion, c’est de l’évitement.

La peur de tuer l’autre

Pour certains, la colère est reconnue, mais non exprimée pour une raison bien précise: « J’ai beaucoup de colère en moi », reconnaissent-ils, « mais je ne peux pas prendre le risque de l’exprimer, je risquerais de tuer quelqu’un ».

Leur sincérité est indiscutable: ils ont vraiment peur de devenir des assassin. En fait, ils confondent, eux aussi, la colère et la violence. Ils ont peur de leur violence et de ce fait, s’empêchent d’avoir accès à leur colère. Ils pensent que s’ils se laissaient exprimer leur colère, leur violence les submergerait.

Nous pensons que cette peur intense nécessite d’être accompagnée. Quelques séances chez un « psy », chargé de créer un cadre sécurisant, leur permettront de contacter leur violence et de réaliser que l’expression consciente de la colère est possible qans que leur peur de tuer quelqu’un ne devienne réalité.

La colère sans violence

Reconnaître, apprivoiser, gérer

Tous les êtres humains ont de la colère en eux.

Cette constatation nous permet, heureuse nouvelle, de nous déculpabiliser par rapport à cette belle énergie de vie qu’est la colère.

(…) l’exprimer avec violence est destructeur pour soi et pour les autres et ne pas l’exprimer est tout aussi néfaste.

Le colérique doit apprendre à gérer ses bouffées d’émotions, à ne pas exploser de manière incontrolée et souvent pour des raisons futiles, àne pas se laisser emporterpar sa colère.

A l’inverse, le non-colérique doit plutôt apprendre à ne pas minimiser ou même nier sa colère, à ne pas se suradapter à son environnement, à oser faire l’expérience des conflits ouverts plutôt que de se réfugier dans la fuite ou dans le comportement de victime.

Comment prendre la responsabilité de sa colère?

Prendre la responsabilité de sa colère signifie accepter de se reconnaître comme le créateur exclusif des comportements, sensations et pensées qui y sont associés, même si une personne ou un événement extérieurs en sont les déclencheurs.

Prendre la responsabilité de sa colère, c’est accepter que la colère soit sa réaction propre, son choix (conscient ou non) face à une situation de la vie. (…)

Cette approche n’est pas facile parce que, dès l’enfance, nous avons été invités à croire que nous étions responsables des émotions des autres: « Maman est triste que tu n’est pas sage », « Papa serait content si tu rangeais ta chambre », etc.

Si nous pensons que nous sommes responsables des émotions de notre entourage, nous allons, tout naturellement, croire que notre entourage est responsable des nôtres. (…)

Cette prise de responsabilité – « Je suis en colère » – est d’autant plus importante que, sans elle, le « Je » n’existe pas. Comme nous l’avons vu, la colère a souvent pour objectif de s’affirmer face à l’autre: « J’existe ».

Aussi longtemps que nous exprimons nos colères au « Tu » (« Tu m’as fait souffrir », « Tu ne me respectes pas », « Tu me mets hors de moi », ou, avec violence, « Tu es un salaud »), le « Je » n’existe toujours pas. Et l’objectif de la colère n’est pas atteint: dire que « Je » souffre et que « Je » n’est pas content.

Recevoir une colère

Une colère avec violence physique

(…) Il nous paraît tout à fait indispensable d’avoir comme seul objectif de se protéger. (…)

Une colère avec violence verbale

(…) Dans certaines circonstances, le besoin de protection de celui ou celle qui reçoit une colère exprimée avec violence verbale l’emportera. Il ou elle s’éloignera, s’enfuira, demandera de l’aide.

Dans d’autres circonstances, celui ou celle qui reçoit une colère exprimée avec violence verbale décidera de rester présent, de garder contact.

Dans ce cas, quels conseils pouvons-nous suggérer?

  • D’abord, de se centrer sur soi, s’accorder aussi peu d’importance que possible au fond, c’est-à-dire, au sens des paroles prononcées par celui qui exprime sa colère; de se centrer sur ses propres sensations physiques, en particulier la respiration abdominale.
  • Ensuite, de se répéter intérieurement: « J’ai peut-être dit ou fait quelque chose qui a été le déclencheur de cette colère, mais je n’en suis pas responsable; je ne suis pas aussi mauvais, aussi méchant, nul qu’il ou elle prétend. » A chacun de trouver ses propres mots, son style de discours intérieur.
  • Il nous paraît souhaitable que le colérique qui reçoit une telle colère n’es « profite » pas pour se mettre lui aussi en colère, par contagion énergétique ou comme bouclier protecteur. Cela ne pourrait qu’intensifier la violence déjà présente.
  • Les expressions telles que « calme toi » ou « ça suffit » sont à éviter absolument. Elles ne font généralement qu’augmenter l’intensité de la violence, celui qui exprime sa colère ne se sentant pas du tout reconnu dans sa réalité émotionnelle.
  • Enfin, le moment n’est pas opportun pour rappeler à celui qui exprime sa colère avec violence verbale que vous n’êtes pas d’accord avec cette forme de colère, que vous exigez des colères exprimées au « Je » et sans violence! Cette mise au point, cette confrontation, sont tout à fait souhaitables, mais plus tard. Souligner « à chaud » ce dérapage dans la violence ne peut qu’aggraver les choses.

Une colère exprimée sans violence

Se trouver face à quelqu’un qui, certes, hausse le ton, mais toujours en restant dans le « je » n’est pas si difficile. Il n’y a rien d’autre à faire que de rester présent.

Quelle attitude convient-il d’adopter? A notre avis, il est préférable de garder le silence, de regarder celui qui exprime une colère en n’étant ni indifférent (dans le registre « j’attends que ça passe »), ni arrogant (« je reçois ta colère, mais qu’elle misère que tu en sois encore là »), ni ravi (« chic, il exprime sa colère »).

Une attitude de neutralité bienveillante

Enfin, il nous paraît important, lorsque la colère a été entièrement exprimée – pas avant! – de pouvoir dire: « J’entends ta colère. » C’est concrétiser la pratique de la reconnaissance émotionnelle de l’autre, attitude importante qui améliore beaucoup la qualité de nos relations.

Croyez-le ou non: recevoir une colère exprimée sans violence peut être source de joie! Celui qui exprime une colère dont il prend la responsabilité, laisse voir sa puissance, ce qui le rend beau.

Sur le fond, il peut vous paraître nécessaire de revenir sur le sujet de la colère afin de résoudre le conflit. Faites-le plus tard, lorsque l’émotion aura été apaisée. Vous aurez plus de chance d’arriver à une vraie discussion et d’être entendu.

Colère et couple

Il est nécessaire d’analyser la manière dont les couples « colérique/non-colérique », de loin les plus nombreux, vont interagir.

Lorsque le non-colérique réprime, inconsciemment, l’expression d’une colère, il devient souvent distant, froid, ironique, chicaneur. Le colérique s’imbibe, toujours, inconsciemment, de cette énergie de colère refoulée. N’ayant, lui, pas de difficulté à exprimer sa colère, il va se mettre en colère à la place de l’autre, pour le compte de l’autre. Ce processus de régulation énergétique est utile puisque la colère est exprimée. Le non-colérique est soulagé par l’explosion du colérique et la tension globale disparaît. On peut donc dire que c’est mieux que rien.

C’est toutefois compliqué et insatisfaisant, puisque d’une part le non-colérique ne prend pas la responsabilité de sa colère et que, d’autre part, le colérique prend en charge une colère qui, au départ, ne lui appartient pas.

Il nous paraît donc nettement préférable de « dépolariser » la relation et que chacun apprenne à exprimer « ses » colères.

La colère sans violence au sein du couple

La colère au sein du couple est inévitable, en particulier parce qu’il y a partage constant de territoire commun. (…)

Ces colères [sans violence] peuvent être fréquentes, mais elles sont courtes (…) Quelques dizaines de secondes peuvent suffire. Le « receveur », de son côté, s’il a appris à pratiquer la reconnaissance émotionnelle de son conjoint, peut dire, en temps opportun:  » J’entends ta colère. » Cela ne signifie ni qu’il reconnaît avoir fait quelque chose de mal, ni qu’il s’engage à changer son comportement. La colère exprimée sans violence entraîne comme bénéfice principal le nettoyage du ressentiment qui, non exprimé, alourdi la relation.

A RETENIR:

L’expression de la colère est signe que chacun des conjoints tient à la relation, qu’il souhaite la garder légère, vivante, mobile. Oui, décidément, colère et amour font bon ménage.

Colère et sexualité

Les signes physiologiques de la colère et ceux de l’excitationsexuelle sont très semblables.

Il est très difficile de réprimer l’une sans réprimer d’autre: nous avons acquis la conviction, par notre expérience professionnelle, que la libération de l’expression de la colère a des effets bénéfiques sur la sexualité. Il semble aussi que l’énergie de la colère non exprimée profite de la « porte de sortie » que constitue la relation sexuelle pour s’échapper.

Ce processus parasite désastreusement la relation, de façon d’autant plus insidieuse que les amants n’en sont pas conscients. Cela donne des relations sexuelles au mieux froides et sans cœur et , au pire, agressives et brutales.

Au contraire, lorsque les colères sont exprimées sans violence, la sexualité gagne en légèreté, en créativité et en joie.

Les enfants et la colère

Aletha Solter, dans son livre « Pleurs et colères des enfants et des bébés » (Editions Jouvence, 1998), donne des conseils très précieux pour gérer la colère des enfants:

« Une présence attentive et affectueuse est indispensable quand ils pleurent parce qu’ils ont besoin de savoir qu’ils sont aimés, quelle que soit leur humeur. Ils doivent pouvoir extérioriser leurs émotions sans être rejetés, sans en être distraits, et savoir que quelqu’un les comprend et les aime.

L’essentiel avec un enfant coléreux et violent est de le sécuriser suffisamment pour qu’il extériorise ses sentiments par les pleurs au lieu de les transposer dans un comportement agressif.

Quand un enfant est insupportable ou violent, efforcez-vous de savoir s’il ne réagit pas de façon légitime à un comportement adulte blessant. A-t-on exigé de lui qu’il fasse quelque chose d’inutile contre son gré? A-t-il subi une discipline autoritaire, a-t-il été traité de façon irrespectueuse? Ses besoins sont-ils ignorés? »

De son côté, Diane Drory, dans son livre aux titre accrocheur « Cris et châtiments » (Editions De Boeck & Belin, 1997), nous invite à laisser les enfants exprimer leur colère. S’ils n’ont jamais l’occasion d’exprimer leur désaccord face à l’adulte, ils risquent de nourrir du ressentiment. Soit ils se renferment sur eux-mêmes, soit ils deviennent agressifs de manière permanente, mais diffuse. C’est l’occasion pour les enfants d’apprendre dès leu plus jeune âge à parler d’eux-mêmes et de leur ressenti.

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