« Sortir du deuil, Surmonter son chagrin et réapprendre à vivre » d’Anne Ancelin Schützenberger et Évelyne Bissone Jeufroy

ARTICLE EN COURS DE RÉDACTION!

INTRODUCTION

LE TRAVAIL DE DEUIL COMME PROCESSUS DE GUÉRISON

Nous avons tous, ou presque, des deuils non faits qui se sont accumulés au fil du temps. Ils concernent aussi bien la mort d’un être cher qu’une rupture amoureuse, la perte d’un ami, de son pays, de sa maison, d’un emploi ou d’une entreprise, une mise à la retraite ou la fin d’un idéal professionnel (par exemple, devenir peintre ou médecin), ou bien la perte d’une partie de son corps due à la maladie ou à la suite d’un accident, ou encore la disparition de son animal de compagnie. Dans tous ces cas, qui sont autant de traumatismes, nous perdons notre sécurité de base, nos rapports au monde changent et deviennent fragiles.

Ces pertes dont le deuil n’a pas été fait, nous les « ruminons ». Elles nous empêchent de vivre. Or, plus on travaille ce vaste thème, mieux on arrive à « sortir » du deuil. Sans ce travail nous ne cessons pas de trouver inacceptable ce qui nous est arrivé. Il vaut mieux pourtant, un jour ou l’autre, affronter son chagrin et surmonter des pertes qui, ne l’oublions jamais, sont inévitables dans la vie de tout être humain, ou des changements auxquels nous sommes obligés, que nous le voulions ou non, de nous adapter. Il serait dommage d’en tomber malade, voire de s’en laisser mourir.

Le premier enterrement auquel nous ayons assisté, ce fut, pour l’une , à dix-sept ans, celui de sa petite sœur de treize ans, et pour l’autre, à vingt-cinq ans, celui de son deuxième enfant, un bébé de six mois. Nous étions l’une et l’autre totalement sans défense, « impréparées » à la mort et au deuil, et ce, d’autant plus que la mort précoce d’un enfant n’est pas « dans l’ordre des choses », elle est « impensable », injuste, incompréhensible.. Jamais plus nous ne referons l’erreur de ne pas être allées chercher de l’aide, de nous être laissées distraire « pour notre bien », de ne pas avoir suffisamment dit au revoir et adieu… et d’avoir continué à « vivre », si l’on peut dire, avec une souffrance non exprimée. Face à la perte de ce qui nous est cher, que l’on soit ou non accompagné, la douleur et la souffrance sont probablement les mêmes, mais on s’en sort mieux si l’on se fait aider.

Souvent, un « océan de larmes » nous submerge. Il ne faut surtout pas les « rentrer », les garder en soi. Cependant, pleurer en solitaire n’empêche pas de somatiser. Tout un travail de deuil est à faire pour vider la plaie et commencer à cicatriser.

Il est courant d’entendre qu’il n’y a pas de mots pour dire la souffrance de la perte et ce mal-être qui perdure. La société occidentale, reconnaissons-le, ne nous aide pas; elle nous demande de rester digne dans la douleur, de ne pas nous plaindre, de vite redevenir « comme avant » et en forme. Or, il existe des mots pour le dire. Mais il faut qu’ils soient entendus et écoutés, et que l’on puisse les prononcer sans être distrait, détourné ou interrompu. On peut aussi s’exprimer sans mots, par une présence , un geste affectueux.

Notre société, qui n’a d’yeux que pour la jeunesse, la beauté, la fortune, le succès, considère que la maladie, la vieillesse et la mort sont taboues. Il nous semple important, comme le dit Nadine Beauthéac, de faire « évoluer les choses dans ce domaine si tabou, et que chaque personne en deuil puisse vivre autrement que dans la solitude et dans l’incompréhension de sa grande souffrance et sa lente transformation personnelle ». Chacun doit savoir de quoi est composée sa souffrance, entendre que d’autres ont vécu ce qu’on vit, mieux comprendre les mécanismes du deuil, savoir que celui-ci est long et qu’il fait terriblement souffrir, qu’on peut souffrir toute une vie d’une mort ou d’une perte, et qu’un tel vécu fragilise tout en pouvant nous rendre plus fort par la suite, une fois que le deuil est fait.

Jadis, nous avions des rites réparateurs de séparation et de deuil: les parents, amis, voisins venaient veiller le mort et lui dire au revoir. Il y avait les vêtements noirs, les fleurs et couronnes, les prières, les adieux, l’enterrement, une cérémonie. On faisait l’éloge du défunt. Il y avait des visites, les lettres de condoléances et de remerciements, la sortie du deuil et la messe d’anniversaire. Il y avait aussi, juste après la cérémonie mortuaire, des repas conviviaux au cours desquels la vie sociale reprenait. « Boire et manger ensemble est un rite d’union, quelle qu’en soit l’occasion », rappelle d’ailleurs l’ethnographe Arnold Van Genepp. On parlait du disparu, on se souvenait des bons moments passés ensemble. Ce temps de convivialité pouvait être un repas familial, une simple collation chez soi, dans un restaurant ou un café, près du cimetière. C’était un moment important, ressourçant, afin de ne pas repartir seul avec de tristes pensées. La convivialité, le fait d’être ensemble, entouré d’êtres qui nous aiment, peut soulager la tension de l’adieu et apporter un certain réconfort. Dans l’ensemble, ces rites, que l’on retrouve dans les sociétés primitives et traditionnelles, ne sont plus guère pratiqués de nos jous.

Depuis longtemps, on nous apprend la maîtrise de soi, la réserve, à souffrir en silence et à ne pas le montrer. Ce qu’on « rentre » ainsi, « ressort » hélas souvent de façon psychosomatique. Troubles physiques occasionnés par des facteurs émotionnels et affectifs, asthme, eczéma, ulcères, cystites, infections génitales ou intestinales, mononucléose, mal de dos, migraines ou graves maladies comme les cancers: on tombe malade parfois, et l’on meurt encore de chagrin, faute d’avoir pu exprimer celui -ci ou d’avoir appris à revivre « sans ».

On nous apprend à gagner, mais on ne nous apprend pas à perdre. Or, la vie est une succession de changements et de pertes. Selon Kurt Lewin, tout est en équilibre quasi stationnaire, donc en équilibre précaire. La plupart des gens imaginent néanmoins que tout, absolument tout, va durer: le bonheur, l’amour, la santé, la jeunesse, la beauté… Or, l’équilibre, la sérénité, la santé, la vie en couple, l’amitié nécessitent de soins et un entretien fréquents: ils sont à reconquérir tous les jours. Même la foi et le bien-être intérieur sont à retravailler et à retrouver, par exemple en se ressourçant.

« Notre plus grande gloire n’est pas de ne pas tomber, mais de savoir nous relever chaque fois que nous tombons », disait Confucius.

Sortir du deuil, retrouver une certaine paix intérieur, une sérénité, telle est la raison d’être de ce livre qui, avant d’aborder, exemples à l’appui, les diverses étapes du deuil, propose certaines techniques permettant de se ressourcer face au principal stress: la séparation, l’absence, la perte définitive de ce qu’on aime. Grâce à ces techniques, on peut mieux faire face, et réapprendre à vivre – différemment.

CHAPITRE PREMIER

Comment aider les personnes en deuil

Tout changement est un stress déstabilisant, nécessitant une nouvelle adaptation et un équilibre nouveau. C’est une période de grande fragilisation qu’il ne faut pas négliger. Distraits, angoissés, perturbés dans notre sommeil, nous accomplissons parfois, sans nous en rendre compte, des actions autodestructrices: trop boire, trop manger, prendre des risques, se blesser, tomber et se casser un bras ou un pied, avoir un accident de voiture, etc.

Il existe un antidote à ce comportement d’autodestruction: prendre soin de soi pendant la période d’affliction. (…)

Normalement, nous n’avons ni le temps, ni l’énergie, ni le savoir-faire, ni la concentration, ni la liberté d’esprit pour décider de quoi que ce soit. Or, prendre une décision positive au lieu d’une décision négative, ne pas « laisser faire » lorsque nous sommes confrontés à une crise de vie, peut faire toute la différence. De cela peut dépendre la manière dont nous faisons face aux crises et tournants de la vie, et dont nous allons continuer de vivre (ou de survivre). (…)

Par exemple, nous proposons souvent aux personnes gravement malades ou en crise de se constituer un « réseau de soutien », puis de nous aider à constituer pour elles une liste de personnes qui, toutes, accepteraient de venir une fois par mois à la maison, ou sur le lieu d’hospitalisation ou internement. Comme il est difficile pour chacune d’entre elles de promettre davantage et de « tenir au long cours » ses engagements, nous suggérons que la liste soit longue (plusieurs dizaines de personnes ) et l’engagement court.

Les « impairs » à ne pas commettre

Attention à ne pas donner des conseils à des personnes qui ne vous en demandent pas. Ces conseils vous conviendraient peut-être à vous, mais rien ne garantit qu’ils s’appliquent aux autres. Un cendrier breton, qui eut beaucoup de succès, portait ainsi l’inscription suivante: « Ne me donnez pas de conseils, je sais me tromper tout seul, merci. » Une seule personne sait ce qui lui convient à ce moment-là, c’est la personne en deuil d’elle-même.

À ce sujet, la recherche « princeps » de Kurt Lewin, en dynamique des groupes, qui portait sur le changement, a montré que les changements de comportement durables sont uniquement ceux que les personnes décident de faire elles-mêmes, ou avec des « pairs » ou des amis, et que, même ainsi, seuls 30% d’entre elles mettront leur choix en œuvre… (…)

Surtout, évitez les mots de consolation maladroits: ils blessent. (…) En voici un florilège: « Tu verras, tu t’en sortiras… »; « Tu dois refaire ta vie »; « Avec le temps, tout rentrera dans l’ordre »; « Il avait accompli son temps sur terre »; « Tu l’as si peu connu… Ce n’est tout de même pas la même chose que de perdre un enfant plus âgé… »; « Ne t’inquiète pas, pense à une nouvelle grossesse »; « Fais un autre enfant, et tu verras, tu oublieras… »; « C’est lui qui l’a voulu », à la mère d’un suicidé; « Tu n’as pas le droit de montrer ta tristesse devant tes enfants », à une veuve récente; « Qu’est-ce que tu fais de tes journée? », à quelqu’un qui n’a pas de travail.

Si l’on ne sait pas quoi dire, il faut savoir qu’une présence, même silencieuse, produit un effet bénéfique: être ensemble, cela aide. Si l’on veut tout de même dire quelque chose, il convient de parler vrai: on ne trouve pas les mots, mais le cœur y est. Par exemple: « C’est si terrible que je ne sais pas quoi dire, mais je t’aime très fort (ou je suis avec toi). » Il est crucial d’être sincère, authentique, sinon des « fuites comportementales » (ton de la voix, sourire, regard) renseignent l’autre, qui en sera blessé.

Créer ses propres rituels de séparation

Bien des gens regrettent de ne pas avoir fait ce qu’il fallait à l’époque, ou de ne pas avoir été présents au moment de la séparation. Dans ce cas, il est possible de faire, immédiatement ou un peu plus tard, ce que les psychothérapeutes utilisant le psychodrame ou le jeu de rôle appellent un « surplus de réalité »: on rejoue symboliquement l’adieu ou la séparation. Certains y arrivent seuls, sans aide thérapeutique.

Quoi qu’il en soit, il est fondamental d’associer les bons, les beaux et les mauvais souvenirs au moment de l’adieu. C’est un moment privilégié, à forte charge symbolique, où il faut « parler vrai », juste, et dire ce qu’on a sur le cœur. Par exemple, dire au revoir autrement, ou régler ce qui ne l’a pas été: se dire qu’on s’aime malgré les difficultés, faire part de secrets de famille ou de « double vie » et d’enfants naturels, nés sous x ou par insémination artificielle. Ou bien, tout simplement, pardonner.

CHAPITRE II

Lutter contre le stress émotionnel

Parler à son corps

L’impact du stress varie beaucoup d’un individu à l’autre. Il frappe souvent ce qui est fragile en nous (par exemple, le dos, le genou, la digestion). Prenons l’exemple d’une jeune algérienne, de langue maternelle arabe, venue volontairement en France avec son mari, également algérien. Attirée par la France, elle en a étudié chez elle la langue, al poésie, l’histoire, la géographie, bref, la culture. À vingt-trois ans, la voici donc à Paris, ville qu’elle a l’impression de déjà connaître et dont elle apprécie la liberté d’expression et la sensibilité artistique. À l’automne, avec l’arrivée de la « grisaille », lui vient la nostalgie de sa langue maternelle, de la convivialité et de la chaleur humaine méditerranéennes, des visites à l’improviste avec « table ouverte », ainsi que de la gentillesse et de la générosité de cœur de son peuple. Elle trouve un emploi dans un hôpital et s’y plaît. Au bout de huit mois, elle commence à souffrir de douleurs au dos, puis à l’aine. Elle se fait hospitaliser. La radiographie révèle un ulcère. Le chirurgien évoque « l’ulcère du jeune déraciné », explique que c’est psychologique, nerveux, et demande à la jeune femme de parler à son ulcère. Ce qu’elle fera.

Le corps parle. Et il ne ment jamais. Quand on somatise, c’est-à-dire, quand le corps parle et, parfois, crie qu’il n’en peut plus, lorsqu’il a un choc ou une overdose de stress et un manque de soutien affectif, ce qui ne se met pas en « mots » s’exprime en « maux ». On peut alors parler à la partie du corps qui souffre, lui dire par exemple: « Je comprends que ton pays, le soleil et la chaleur te manquent. » Il est nécessaire de reconnaître la souffrance du corps et de la mettre en mots: cela peut lui éviter de la mettre en maux. Il faut s’adresser à lui directement, mais gentiment, avec douceur, comme on s’adresserait à une personne qui souffre (ce qui est d’ailleurs le cas). On lui explique qu’on ne peut pas revenir en arrière et que nous avons besoin qu’il nous aide à nous adapter à cette nouvelle situation, certes plus difficile que l’ancienne. C’est ce qu’a fait cette jeune femme, qui s’en est portée beaucoup mieux.

CHAPITRE III

Aider les autres comme soi-même

On parle souvent de stress; on oublie que le dévouement, le sens du devoir et de l’oblativité ou la « générosité » comportent, à trop forte dose, des aspects négatifs pouvant entraîner des maladies. Si, par exemple, on se force, parce qu’on se sent obligé de rendre service, à se sacrifier, on court le risque de l’agressivité passive, du ton acariâtre ou amer, de la mauvaise humeur constante. Même s’il est vrai que le narcissisme et l’égoïsme de certains laissent beaucoup de travail aux autres, il est indispensable de prendre chaque jour un peu de temps pour soi, de s’autoriser à vivre à son propre rythme. « Aime ton prochain comme toi-même », disent les Évangiles; cela signifie qu’il faut d’abord s’aimer soi-même pour pouvoir aimer « en vrai » les autres.

Le triangle de Karpman

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